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日志


8月9日

Contre le chômage (et la guerre économique), quelle stratégie?

Y'a pas mal de discussions à ce sujet, dont certaines, il faut que je le dise, me déplaisent énormément.
Bien entendu, du côté de l'idéologie dominante: il faut travailler plus. Chômeur compris. S'il ne trouve pas de travail, c'est parce qu'il ne cherche pas (évident). Donc, il faut qu'on lui fixe des horaires "35h" pour aller au pôle emploi tous les jours, et pour pallier la mauvaise volonté de ces salauds, faire baisser les aides petit-à-petit. Comme ça, au bout d'un moment il se forcera, le mec, à trouver du boulot. Ou il acceptera tout. S'il est ingénieur en aérospatiale, il aura une place toute trouvée en tant que balayeur des rues, où il devra pouvoir calculer par la force du vent le vol des poussières des rues...

A l'autre extrêmité, l'interdiction des licenciements. ça fait un peu: "pour supprimer le chômage, supprimons les chômeurs", sauf que c'est un raisonnement à court terme: d'une part, il faut un peu prendre en compte les jeunes diplômés, les post-stages, voire les stages, les déjà-chômeurs. Ensuite, il faut prendre en compte le comportement rationnel qui  viendra à l'employeur: S'il ne peut plus jouer avec sa masse salariale qu'en l'augmentant, et outre ceux qui partent à la retraite et les départs volontaires (en général avec force tyrannie et pression psychologique, le gueux n'aimant que peu se retrouver au chômdu, donc imaginez les conditions de travail), il n'a pas de marge: donc il n'embauchera qu'en dernier ressort, favorisant avant tout, comme le gouvernement actuel, les heures supplémentaires. Si cette évidence n'atteint pas le cerveau englué des marxistes de tout poil, on est foutus.

Entre ces deux extrêmités, y'a plein d'idées. Matteo, 13 ans, plus intelligent que ses deux parents réunis, nous dit: "et si on abaissait le temps de travail? 1. ça permet aux salariés de récupérer sous forme de capital-temps les gains de productivité que l'entreprise gardait jalousement pour elle ces 30 dernières années afin de favoriser ses actionnaires. 2. ça permettrait aussi de sortir de la tyrannie du productivisme-consumérisme en favorisant le tiers secteur avec le gain de temps libre. 3. Comme le nombre d'heures travaillées, calculées en milliard, baisse de manière catastrophique quand le PIB est stable, la répartition de ces heures envers tous les actifs potentiels favorise l'idéal d'égalité de notre pays." Matteo oublie bien sûr que certains secteurs comme la santé, la restauration ou le BTP seraient dans la merde: ils manquent de main d'oeuvre. Il oublie aussi de dire qu'a priori, les prix augmenteraient, sauf si la baisse du temps de travail permet de contracter la marge de l'entreprise plutôt que sa constance (à travers des aides adaptées). Mais bon, il est encore jeune.

Léa, 8ans (et demie, elle y tient), propose un revenu minimum d'activité, avec ou sans emploi: "Financé par la sodilarité, il permettrait d'emblée de sortir de la spirale infernale du productivimse et assurerait dès le départ à chaque  homme la possibitilé de vivre décemment. Le travail descenrdait de son piédestal, et l'on pourrait rélféchir à nos autres valeurs communes." Léa, tu es dyslexique, alors ne prends pas cet air supérieur! Mais tu vois juste: cette idée en effet attaque de plein fouet le productivisme, mais dans le même temps, met en danger la continuité des services: si trop de gens arrêtent leur boulot, ben, y'a plus personne pour te soigner, pour t'éduquer, etc. Comment la financer? Tout dépend du montant. Mais s'il est trop faible les gens n'en vivent pas, et s'il est trop haut, la collectivité ne peut payer. A mon avis, c'est trop brutal.

Mais mon idée va dans ce sens: une sorte d'assurance-chômage élargie, qui serait avant tout financée par des cotisations des entreprises (et des cotisations des travailleurs): Toute personne sans emploi (justifiez), ou sans revenus (justifiez: étudiant précaire, membre d'asso pas payé ou au lance-pierres) touche 60% du revenu médian français, soit l'équivalent du seuil de pauvreté. Ainsi, le travail continue d'être une valeur centrale, mais on peut vivre sans, et s'épanouir sans. Bien évidemment, un complément peut être fourni par la collectivité ou l'entreprise qui décide de le faire travailler un peu. Vous noterez tout de même que c'est pas l'Etat qui vient à la rescousse, mais les entreprises avant tout (bien juteuses). Bien sûr, si ce droit est rétractable, par contre, il s'étend dans le temps (2, 3, 4 ans). On favorise un niveau de vie assez bas pour aller dans le sens d'une décroissance nécessaire qui, de facto pose la question de la consommation à outrance.

Bien entendu, cela n'exclut pas plein d'autres idées en complément qui vont dans le sens de la société souhaitable!
8月6日

P***** de famille de droite de m****

ça remet à sa place de parler à des gens non-politisés (consciemment) ou politisés de l'autre bord...
Je me rends compte à quel point même les plus jeunes sont parfois désespérants...
Imaginez d'abord ma grand-mère parler de ceux qui "s'ils sont pas contents, qu'ils rentrent chez eux" (dans les pays du Maghreb s'entend). Parler des chômeurs comme des "profiteurs du système", parler des malades comme des "profiteurs du système" et qui c'est qui paie? "Nos impôts".
essayer d'expliquer qu'il est normal de porter plainte contre les violences policières (oui, même quand on a dévalisé un commerce), car elles sont bien trop nombreuses et trop banalisées, essayer d'expliquer qu'il est normal que les gens manifestent et bloquent car la situation n'est plus vivable: Impossible.
Tout bonnement impossible. Comme de faire comprendre qu'on ne peut pas faire rentrer 4 millions de chômeurs dans une brèche de 300.000 emplois, que le chômage est structurel et de masse, et qu'il faut s'en accomoder, que c'est une plaie et qu'il faut protéger les gens qui tombent dans ce filet...
Honnêtement, pas facile de ne pas désespérer, car même les argumentations les plus rôdées se font face à des murs...

ça m'a au moins permis de mettre à jour une forme de raisonnement par l'absurde que je trouve sympathique.

Donc (attention, il faut suivre):

Les arabes viennent chez nous parce qu'ils aiment notre système, qu'ils se repaissent d'allocs, de la sécu et de tout ce que les bons français paient.
Il faut donc reprendre le dessus sur ces barbares qui sous-cultivés, sous-civilisés qui habitent notre beau pays.
Et pour ce faire, c'est très simple: Abattons la sécurité sociale, abattons les services publics, abattons les politiques publiques, abattons toute protection sociale.
C'est vrai, c'est actuellement ce que fait la droite, conjointement à l'exercice de mesures raciales, sécuritaires et j'en passe.
Ainsi, on en reviendra à un système quasi-féodal, et là, devinez:
Ben les arabes ils viendront plus nous emmerder, notre pays sera aussi "barbare" que le leur.
CQFD

p.s: ma cousine ne m'accompagne pas au camp climat -ouf, elle voulait venir avec des talons, pour "faire de la provoc'", et lancer ses diatribes anti-assistanat.
A 23 ans, si c'est pas triste...


8月5日

Polarisation politique

La situation est grave, mais on s'en fout.

Pourquoi parler de polarisation politique?
Parce que c'est un élément central de la déstructuration des espaces dits "démocratiques". D'une part, le "centre" politique est de plus en plus à droite. D'autre part, la vitesse de droitisation n'est pas la même pour tous les partis: la gauche de gauche se droitise moins vite que le PS. Ce qui crée cet espace vide entre la gauche du PS et la gauche de gauche.
Le premier problème posé par cette massification de la droitisation porte sur le consensus qui rend possible la vie démocratique. Les journalistes sont très majoritairement formés par et pour une idéologie néolibérale, un sens du capitalisme aigü, et un rapport à la représentativité dont ils ne peuvent se départir, puisqu'ils sont médiateurs. Le médiateur peut perdre son boulot si le représentant décide d'aller voir directement le représenté. Ensuite, le cadre de nos expériences va valoriser le confort du déjà connu, du déjà vu, et de l'existant au point de faire disparaître parfois les possibilités d'alternative. En ce sens, toujours les journalistes vont parler des mêmes sujets à échéance régulière et stable, les uns vont s'aligner sur les autres quant à la couverture médiatique d'un événement nouveau, etc., et tout cela "cadré" de manière à ce qu'un point de vue distancié soit impossible. ils bossent dans l'urgence, et leurs lecteurs/auditeurs/spectateurs ne comprendraient pas si on essayait de faire comprendre la situation plus en profondeur: les français sont des veaux, en quelque sorte.
Exemple: le scandale Clearstream, traitant de blanchiment d'argent par des banques dans des paradis fiscaux, qui méritait un traitement un peu plus sérieux, qui méritait que les journalistes se solidarisent avec l'enquêteur qui subissait un grand nombre de pressions après ses révélations, a vite tourné en sitcom de TF1: Nini Talonnettes et D2V sont amoureux, mais quand se l'avoueront-ils? Morpion est-il le corbeau? l'informaticien savait-il que Nini Talonnettes et Morpion ne s'aimaient pas? Et cela, à profusion.
Mais un travail de fond sur l'histoire, c'est-à-dire cette affaire de blanchiment, de corruption à très haut niveau, qui aurait dû voir s'effondrer toute la classe politique française, qui aurait dû contribuer au débat sur les fraudes fiscales et j'en passe, ça n'a jamais existé. La seule chose qui préoccupait les journalistes était: De Villepin est-il coupable d'une méchanceté envers Sarkozy???

Bref, je m'éloigne du sujet: nous sommes dans des situations où la distance critique vis-à-vis de l'actualité, de la vie politique est très difficile, donc nous partageons avec nos médiateurs nos points de vue.

Seulement... Seulement voilà: Parmi les éléments politiques qui font notre culture commune, certaines nouveautés créent de la polarisation: la décomplexion umpienne et son ministère de l'identité et des expulsions est là pour le prouver! Oui, mais le pays des droits de l'homme? Oui, mais l'empathie? Oui, mais les sombres histoires du passé (rafles, dictature, haine de l'autre)?
Et bien oui! En même temps que nous nous droitisons, nous pensons aussi, sans rire, que nous sommes une grande démocratie, que notre culture est meilleure que celle des autres, que la Raison combat l'obscurantisme, que la liberté est un droit fondamental (égalité et fraternité, ça fait coco), que la paix et le dialogue ont envahi notre monde et que jamais, au grand jamais on ne pourrait connaître les affres du passé, ces totalitarismes à la con, alors que nous sommes si civilisés. C'est vrai, la culture rend pacifique. La paix va contre la guerre, et plus les gens vont à l'école, plus ils se cultivent, et plus on sait que jamais la chape de plomb de la dictature ne pourra nous retomber dessus: on est sensibles et subtils, etc.
Bref, nous  produisons tout un socle de croyances qui s'éloigne de la réalité d'un régime ultra-violent qui a déjà déclaré plusieurs guerres: sociales, économiques, "civilisationnelles", etc.
Il y a donc des éléments qui entrent en contradiction et produisent un effet de distance. Non, les autres (pauvres, immigrés) ne sont pas tous des barbares. Non, nous ne sommes pas plus civilisés que le reste du monde.

Bref, la conquête de l'extrême droite par l'UMP les mène toujours plus loin: Outre les éléments cités ci-dessus sur notre supériorité culturelle, etc., il y a aussi la remise en question de tous les services publics, sécurité sociale, protection des individus. C'est-à-dire que le compromis de la social-démocratie, qui visait à faire faire à chacun des compromis, les libéraux devant accepter la protection que l'Etat accorde aux faibles, la solidarité et les liens sociaux, et les socialistes devant accepter les principes d'économie de marché, de propriété privée des biens communs (eau, électricité, etc.).
Or le compromis explose car il n'est plus respecté par la droite: privatisations et libéralisations, disparition progressive de tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une protection individuelle (droit du travail, assurance-maladie, sécurité sociale, retraites, etc.), et de plus utilisation de l'argent public pour financer l'activité privée. Mais le compromis explose aussi dans un contexte de prise de conscience que ni le modèle social-démocrate, ni le modèle capitaliste (libéral ou néolibéral, financier ou industriel) (ni le marxisme, lui aussi fondé sur des postulats productivistes) ne peuvent exister sur du long-terme: ressources naturelles épuisées, crises alimentaires et énergétiques, crise de la biodiversité et catastrophes dans les écosystèmes.
Le problème vient du fait que ce diagnostic, tout le monde est d'accord dessus. Tout le monde sait que le productivisme ne mène nulle part. Que l'aliénation du travail cause de plus en plus de problèmes, que le modèle de maximisation des profits individuels et de socialisation des pertes mène droit au mur. Mais les élites continuent.

Alors cela crée une fracture croissante  entre les "alternatifs", paléo- ou néomarxistes, écolos et j'en passe et l'idéologie dominante (et l'élite qui en tire des profits). Le scénario, tel qu'il se passe pour l'instant, poursuit une gradation: Le peuple fait grève, manifeste de temps en temps son exaspération: le pouvoir lâche un peu, puis lâche de moins en moins, pour ne plus rien lâcher ou presque.
La population se montre plus colérique: par exemple, avant on manifestait devant l'entreprise lors de plans de restructuration, voire on bloquait une route pendant quelques heures. Puis cela n'a plus suffi à se faire entendre. Alors on a séquestré des patrons. ça a marché un temps, puis ça n'a plus marché. Alors on a commencé à menacer de tout faire exploser. Puis ça n'a plus suffi (cf. Estrosi et la capitulation des New Fabris). Quelle sera donc la prochaine étape?
On doit déjà compter de plus en plus de suicides, de chômeurs, de malades, etc., où cela s'arrêtera-t-il?

A côté de cela, et pour contenir la population et ses "accès de fièvre", on a commencé à réarmer nos flics. Tonfas, flingues. Puis flashball, maintenant LBD (avant ils n'étaient utilisés que dans la lutte contre le terrorisme), Taser, etc. Armes sublétales. Qui te dissuadent de jamais refaire une manif. De jamais exprimer ton mécontentement.
Fini le glorieux temps du préfet Grimaud, mort le mois dernier, reviendrons-nous au temps de Papon et de Charonne pour autant? La terreur se déplace: ce n'est plus la mort du manifestant, mais son invalidité à vie, qui lui fait peur.

Alors oui, la polarisation est de  plus en plus forte. Le compromis qui rend possible l'exercice de la démocratie, c'est-à-dire le maintien de la paix, même si notre camp a perdu, c'est pas grave, car nous vivons et évoluons sur un socle commun, est en train de voler en éclat. Ce qui fait le ciment de notre démocratie s'est séparé en deux blocs ionconciliables: Oui, aujourd'hui, un Sarkozy ou un Berlusconi qui arrive au pouvoir, cela mérite presque de prendre les armes car ils nous prouvent que tout dialogue est impossible, que toute forme de compromis leur est inconnu. Ils ne font que détruire ce qui fait l'attachement du peuple de gauche à notre pays: des droits civiques, sociaux, une protection individuelle, sociale, un espoir d'émancipation, d'épanouissement. Les solidarités meurent, les services publics qui faisaient la fierté de notre société au point qu'on l'appelât "modèle" ont disparu.
Quelle paix peut subsister quand il n'y a plus de socle en commun avec l'adversaire politique?

Je suis bien pessimiste quant à l'avenir. Je ne crois pas au retour du marxisme, du socialisme, ou autre. Il nous faut inventer, un point c'est tout.