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    June 26

    hyper-présidence et anti-intellectualisme

    "Oh, je ne suis pas un intellectuel"

    Cette phrase est de Nicolas Sarkozy, bien entendu. Cet aveu n'en est pas vraiment un: Nous avions tous remarqué. Il ne se démarque pas par sa réflexion, son projet de société, mais bien par une propagande médiatique très forte autour de "thèmes" lancés par N.S. sans vraiment que l'on sache de quoi il retourne. Il y a un habile mélange de langage familier, commun, juridique, expert. On ne peut s'y retrouver clairement sans être perdu dans sa propre confusion.

    Nous l'avons vu lors de son débat avec Michel Onfray: Les gens sont libres, ont le choix, mais sexuellement, ils ne l'ont pas, ils sont prédéterminés. D'un côté, il faut que chacun puisse être libre, mais il y a une forme de fatalité qui explique le reste, ce qu'il ignore et qu'il ne veut certainement pas savoir.
    Voilà une forme d'explication de cette phrase: Ne pas être intellectuel veut surtout dire qu'il ne cherche pas à tout expliquer et que sa vision "café du commerce" de la réalité peut ne pas toucher sa cible. Il veut être proche du peuple en ignorant TOUT de la manière dont on règle des problèmes économiques et sociaux, éthiques et politiques.

    Prenons un exemple concret: Sa loi de prévention de la délinquance ne touche ni à la prévention, puisque:
    1. touche des causes imaginaires, biologiques et génétiques, oubliant les véritables causes, sociales et économiques, et
    2. ne s'occupant que marginalement des délinquants, puisque touchant les enfants "anormaux", ne correspondant pas aux schémas que l'on cherche à leur imposer: justement tout ce que doit faire l'éducation, c'est la psychiatrie et la police qui vont s'en charger!
    Alors que ce sont les motifs socio-économiques qui expliquent la délinquance,
    3. c'est justement l'appauvrissement relatif des familles, pas la mise sous tutelle des allocations, qui frappe une nouvelle fois ces familles.
    4. A cela, il faut ajouter que les travailleurs sociaux, qui tentent tant bien que mal d'établir des liens de confiance et de faire cette prévention, qui ont une obligation d'avertir les autorités répressives sous l'égide du maire.
    5. C'est la prison généralisée, celle qui fabrique les haines les plus féroces et qui génère une plus grande violence et plus de récidive qui est privilégiée aux autres actions socio-éducatives, aux actions de prévention, quand on sait que cela risque de radicaliser les problèmes de délinquance:
    6. On l'observe aujourd'hui avec le meurtre d'un magistrat et le suicide d'un délinquant lors des jugements.

    Pour un travail exhaustif, lire: http://www.inegalites.fr/article.php3?id_article=395

    On assiste donc à l'émergence d'un Hyper-président, toujours présent sur nos écrans, le premier à être proche des victimes, des mouvements quelconques, mais aussi le premier à donner ses solutions, sans même avoir réfléchi aux problèmes exposés, sauf par une moralisation qui lui fait répéter le mot travail une vingtaine de fois en trois phrases.
    Hypo-réfléchissant, c'est donc la cohérence globale de son action, sa pertinence et son efficacité qui sont mis en cause, comme la vision de ce travail à long-terme.
    Ses échecs seront voilés par le fard de l'écran médiatique qui trouvera toujours des gens satisfaits, et qui trouvera toujours le moyen de prendre des chiffres et de les torturer pour qu'ils aillent dans le sens voulu.

    Voilà la politique la plus brutale qui soit: On nous parle de 2 millions de chômeurs, mais ce sont tous ceux qui ne correspondent qu'à 1 catégorie de chômeurs, quand les 7 autres sont oubliées, ce qui correspond à 4 millions de chômeurs, en réalité, vivotant parfois aussi bien que les travailleurs pauvres, eux-mêmes 7 millions.
    La précarisation de la France se fait par l'écran total appliqué par nos médias presque officiels: Ainsi, les journalistes passent plus de temps à se gargariser sur la baisse des chiffres du chômage que sur l'explosion réelle du nombre de chômeurs et de pauvres.

    La dernière chose, c'est le langage utilisé: pauvre, bien plus pauvre que celui qui serait nécessaire pour comprendre les subtilités des situations problématiques, trop pauvre pour bien problématiser, trop pauvre pour bien saisir la spécificité d'un problème, ses détails, et trop pauvre pour trouver aussi les réponses adaptées à nos défis actuels. Par contre, ce langage d'une pauvreté inouïe sert à faire passer des messages xénophobes, haineux, intolérants sans que l'on puisse l'en accuser: le flou et la confusion sont les maîtres mots de son action.

    L'anti-intellectualisme a cet avantage: il se sert des illusions médiatiques pour prospérer, avec l'aide du populisme avec lequel on préfère rabaisser la politique plutôt que de tenter d'éduquer la population, idéal des Lumières abandonné, y compris par la gauche.

    Deleuze et Guattari disaient, il n'y a pas si longtemps:
    "La gauche a besoin que les gens pensent"
    La gauche a encore perdu une bataille. Le PS ne veut même plus se donner cette peine et les derniers à défendre cette noble idée sont appelés "fanatiques" ou "utopistes"...

    June 18

    la prière et la politique

    Je pense tout à coup à cet article que je souhaiterais soumettre à une revue à comité de lecture. Que personne ne s'étonne ou s'offusque parce que je n'en ai pas parlé plus tôt: L'article n'est toujours pas écrit.

    Mais, alors que l'envie de tuer mon frère m'étreint encore une fois, de nombreux souvenirs se sont intercalés pour que je ne le tue pas. Ces souvenirs sont ceux liés à des amis, et surtout à ma famille (catholique pratiquante), qui me disent: "On priera pour lui", ou "prie pour lui". Il est vrai qu'arrivé à un état de débilité profonde, quand tous les moyens sont épuisés, il ne reste pas grand chose à faire à part prier.

    Et c'est justement un des aspects fondamentaux et un peu hypocrites de la prière. D'un côté, elle sert à tempérer les accès de violence, à souhaiter une amélioration dans des domaines distincts, par la mise dans les mains de dieu de certaines de nos volontés, par un comportement méditatif et/ou sacrificiel (carême, par exemple). D'un autre côté, elle reste une activité spirituelle, loin des conditions matérielles sur lesquelles l'implication militante peut jouer, à de nombreux niveaux.
    Je ne veux pas qu'Aurélien le prenne mal, mais il s'était félicité de l'arrêt des combats près du Darfour le lendemain d'une longue prière de plusieurs heures. M'aurait-il parlé de cela si sa prière avait été un échec?
    Ainsi, la prière, si elle marche, fait attribuer son effet à son efficacité et à la volonté de Dieu. Mais si la prière ne marche pas, on peut malgré tout dire: "j'ai longtemps prié pour cela. Je souhaitais vraiment que ça s'améliore".

    Ce qui est très critiqué, souvent à raison, c'est l'aspect "spirituel" de l'action. Une action spirituelle peut-elle prétendre au rang d'action? N'y a-t-il pas une opposition sémantique entre l'action et la spiritualité?
    On peut ainsi lui reprocher de ne pas s'attaquer aux problèmes, de rester sur le mode du "Les voies de Dieu sont impénétrables".

    Ainsi prier pour mon frère ne va pas changer les choses, je peux le faire, et ma famille aussi, mais ça ne sert à rien, simplement à refouler mes pulsions violentes en les accrochant à un espoir dont on peut légitimement doûter.

    L'action sur les causes, la politique, l'engagement social, peuvent être des réponses. Plutôt que de prier pour que mon frère soit moins con, on peut imaginer un plan national anti-cons, avec un volet éducatif renforcé, avec des missions de prévention de la connerie, et des actions de répression de ladite connerie. Elle serait accompagné de politiques d'accompagnement socio-psychologique et psychiatrique, et de programmes pour la reconstruction personnelle. On pourrait donc s'appuyer sur les "soins de support" pour raccrocher les cons au vivre-ensemble.

    Avec la prière, on restait en quelque sorte dans la fatalité, le destin, l'écriture de la vie par la main de Dieu, où le changement ne nous concerne pas.
    Ce qui apparaît au XVIIIe et au XIXe siècle, c'est justement la défatalisation de la vie, que Foucault a appellé "biopolitique". La disciplinarisation et le contrôle des enfants par l'éducation, le système hygiéniste, et les formes de surveillance par les sciences camérales, la normalisation de toutes les sphères de la vie a visé l'accroissement des possibilités d'action sur les problèmes de la vie en société, d'un point de vue microsocial comme d'un point de vue macrosocial.
    Il ne faut pas croire que l'intervention de l'Etat dans les sphères privées est une mauvaise chose "en soi". Elle est bien plutôt une manière de défataliser la vie individuelle et collective que nous vivons, pour peu qu'elle s'en donne les moyens.
    June 17

    Car la TVA n'est pas la panacée

    "Le risque que les entreprises en profitent pour augmenter leurs prix est réel. Une étude commandée par le gouvernement précédent estimait qu'une hausse de la TVA pourrait amputer le pouvoir d'achat d'un tiers des ménages."

    dixit Colombani, dans l'édito du Monde du 16/06/07

    Le tiers des ménages touché, qui plus est, serait forcément celui qui n'arrive déjà pas à boucler les fins de mois...
    Ah, bizarre, cette manière de faire des panégyriques sur les gens qui se lèvent tôt... pour ensuite leur taper sur la gueule...

    Soit dit en passant, l'ISF va être supprimée et ne touche que quelques centaines de milliers de personnes (450.000 ménages, donc un million de français), le bouclier fiscal va favoriser les mêmes 450.000 ménages les plus riches, les droits de succession vont être supprimés alors qu'ils ne touchaient que les 10 millions de français les plus favorisés, et encore, seuls quelques milliers de ménages paient des droits de succession importants.

    Donc, la France qui se lève tôt a perdu, contre les rentiers et les actionnaires. Pays de merde.

    June 16

    Législatives

    Ah, le deuxième tour c'est demain, avec une belle chambre bleu horizon...

    Mon député sortant est en ballotage, voyez-vous, et il vient du PS. Normalement, vous me connaissez, je vote par dépit, ou je vote contre la droite, voire je ne vote pas.
    Mais d'une part, voter contre semble une évidence aujourd'hui, et de l'autre, mon député sortant est de gauche. Oui au PS et de gauche!!! C'est qu'à force de voir la dinde à la télé (on la préfère au four), la Ségolène, on a l'impression d'un parti monolithique. A voir sa domination au sein du parti, on en oublie qu'il existe d'autres tendances au sein du PS. Foutu parti, hein?

    Alors le père Lemasle, mon futur député j'espère, parle de "solidarité" et "d'intérêt public", se bat pour un Etat fort, présent contre les discriminations, les violences symboliques que l'on rencontre tous, mais en plus, il est contre les OGM, souhaite une Europe sociale, et souhaite la taxation des mouvements de capitaux. Classe, non?

    A côté de ça, y'a le mec UMP. Il est drôle, mais drôle, et qu'est-ce qu'il est ridicule. Il met à toutes les auces le sphotos et témoignages de centristes qui l'apprécient. Il en rajoute en félicitant le candidat du MoDem, en affichant ses soutiens parmi les anciens UDF, bref, une Ségolène en pire, un vampire du centre.
    Il accuse la gauche d'avoir abandonné les idées sur l'intégration, l'immigration, les valeurs civiques... alors que ce sont des idéaux de droite, là où la gauche souhaite que le respect aille dans les deux sens, et sur toutes les dimensions de la vie sociale et politique...
    Mais bref, le plus drôle, c'est qu'il parle de "revaloriser les salaires" (par la croissance!!! sic!), alors qu'il parle juste de la "revalorisation du travail" qui est l'accroissement de la dépendance des citoyens face au travail, qui conditionne la vie sociale par rapport aux entrées du monde du travail. Ces mensonges sont assez pitoyables et l'on croirait facilement à la démagogie, s'il ne nous apportait pas la preuve que c'en est bien: Il annonce son souhait de défendre le maintien des services publics, alors qu'il est solidaire du projet Sarkozy qui vise une diminution sans précédent de l'Etat social!
    Et, alors que les chiffres du chômage réel sont au plus haut (20% des actifs sont au chômage), il annonce bêtement qu'il y aura du travail pour tous, alors que le programme de Sarkozy vise à bloquer les embauches, notamment par la variable des heures supplémentaires!

    Bref, une personne très à droite qui se fait passer pour une personne de centre-gauche, avec toutes les maladresses qui vont avec!
    Souhaitons simplement que les citoyens ne seront pas dupes!
    June 02

    Les Ogres de Barback...

    http://blog.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.ListAll&friendID=153733863

    Sur ce lien, vous pourrez lire l'incroyable histoire qui est arrivée aux ogres. Ils auraient osé, le 5 mai dernier, diffusé une vidéo pro-ségolène et doivent en répondre au maire d'Oyonnax.
    Deux courriers magnifiques à lire, et qui vous feront rire, assurément!

    Les étudiants sont des assistés

    Dans Le Monde d'aujourd'hui, un papier est paru pour mettre en visibilité le sort des étudiants qui bouclenet de plus en plus difficilement leurs fins de mois.
    8 étudiants sur 10 travaillent pendant leurs études, et restent malgré cela dans la mouise.
    Ainsi, la colocation est préférée à l'appartement seul, et les bourses sont bien trop maigres pour combler les vides.

    Cependant, les adultes d'aujourd'hui sont atterrés, comme l'attestent les commentaires des lecteurs du Monde. Des "assistés", des individus "infantilisés", voilà ce que sont les étudiants. En plus de cela, ils sortent, ils ne mangent pas au resto U, ils ont une voiture, ils ont un appartement. Quels privilégiés. Et en plus, ils se plaignent de travailler.

    Non, c'est vrai, avoir une activité sans revenu, c'est hyper facile à vivre. Et quand cette activité est doublée d'une autre activité avec seulement un demi-salaire, mais un demi-salaire bas (600€ maxi), quand c'est le prix du loyer, ou que cela dépasse à peine, il faut vraiment être aveugle pour voir que la situation a bien changé depuis l'enfance de ces entrepreneurs de morale.
    Comment faire en sorte que les études soient véritablement équitables si les privilégiés restent privilégiés parce que les autres triment avec un boulot. Comment payer ses études quand on ne peut avoir qu'un demi-revenu? Comment vivre quand on n'a pas la possibilité de travailler, pour des raisons diverses et variées, santé, éloignement, ou emploi du temps chargé.

    Ainsi, nos amis travaillant 35h font la morale à ceux qui en font 30h, plus 20h de travail personnel, et qui trouvent normal que 20h soient ajoutées pour "apprendre la vie aux étudiants". Comment essayer d'avoir une vie, se préoccuper un peu de soi, quand le temps libre est inexistant? Comment se forger un itinéraire, un projet de vie, quand on ne peut pas penser?

    Si l'on y regarde de près, ceux qui sortent, ce sont les étudiants les plus aisés, car pour dépenser 30€ par soirée 5 fois par mois, il faut être plus que boursier. Si les étudiants prennent des appartements et non des chambres U, ce n'est pas parce qu'ils ont des goûts de luxe, mais aprce qu'il n'y a pas assez de résidences étudiantes et qu'ils y sont aussi contraints. Si les étudiants ont une voiture, c'est aussi très souvent une contrainte car ce sont ceux qui ne vivent pas en centre-ville et ne peuvent pas se payer un logement près de l'université qui l'utilisent. Bien sûr que les étudiants sortent peu, prennent les transports en commun et vivotent en attendant des jours meilleurs. Bien sûr qu'ils vont encore au resto U, dont le prix a doublé par rapport à ces 20 dernières années, comme le loyer, comme le prix de l'essence, et certainement pas comme les bourses et les salaires.
    Le nombre d'étudiants a aussi augmenté, mais le nombre de postes à pourvoir pour ces derniers a baissé, leurs conditions de travail se sont dégradées.

    Oui, il y a 30 ans, les conditions pour faire ses études étaient bien plus favorables qu'aujourd'hui.

    Si l'on prend aussi les stages en compte, où l'on peut exploiter gratuitement les stagiaires, et qui n'ont donc aucun revenu pour s'en sortir, on prend conscience du rapprochement entre notre société et celle des travailleurs pauvres qui conjuguent deux emplois pour pouvoir sortir la tête de la merde.

    J'en ai marre d'être jugé parce que je ne travaille pas pendant mes études, pour des raisons de santé, parce qu'on devrait tous aller bien, j'en ai marre de ceux qui trouvent que le modèle normal, c'est de travailler pendant ses études, alors que cela correspond à un double emploi du temps, et que nous ne sommes pas égaux face à l'épuisement, j'en ai marre de ceux qui pensent que les boursiers sont trop privilégiés et qu'il faut leur retirer leur bourse et les mettre au boulot. Marre de ceux qui pensent qu'étudier est une sinécure et que les étudiants sont des branleurs. Marre de ce modèle où les riches sont encore ceux pour qui ce discours n'a aucun intérêt.