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    May 30

    Martin Hirsch

    Martin Hirsch était un homme que j'admirais énormément. Président d'Emmaüs, il défendait avec tout son courage, son charisme, les précaires, les chômeurs de longue durée, les pauvres, les immigrés clandestins. Est-ce la mort de l'abbé Pierre? Son entrée au gouvernement?
    Je ne sais.

    La seule chose que je vois, c'est qu'il a changé. Si l'on attendait des catholiques sociaux, auparavant, d'être au plus près de la misère, de se sacrifier pour ceux qui n'ont rien, comme ATD quart-monde, Emmaüs, etc., aujourd'hui, on voit leur peine et leur souffrance d'accepter qu'au gouvernement un des leurs retourne sa chemise.

    Rappelez-vous. Il y a quelques mois, Martin Hirsch accédait au poste de haut-commissaire aux solidarités actives. Il demandait alors à toutes les associations de lutte contre la pauvreté de rejoindre ses rangs. Elles ont toutes refusé.

    Pourquoi? Martin Hirsch a dit que son cap ne changerait pas, qu'il mettrait en place le RSA et qu'il éradiquerait la pauvreté, plutôt que (comme le fait la droite à son habitude) d'éradiquer les pauvres. Pourquoi s'obstiner à refuser un front commun, dans ce cas?

    Parce que Hirsch n'a pas moufté devant les tests ADN, parce qu'il n'a pas bougé pour les expulsions massives. Parce qu'il ne bouge pas pour les situations déplorables dans les centres de rétention... Pour toute ces raisons, et parce que le gouvernement qui venait d'arriver mettait en place des lots de politiques antisociales, de la loi TEPA, aux réformes du temps de travail, de l'éducation, de la santé, etc. les associations ont préféré la prudence à l'engagement.

    Elles ont eu raison. Qui aurait pensé, un seul instant, que la connerie droitiste (sarkozyste) pouvait être contagieuse?

    Hirsch avait eu des promesses pour son RSA (revenu de solidarité active). Il devait faire en sorte que les plus pauvres d'entre les pauvres sortent de la pauvreté extrême (sans rien faire sur les moins pauvres d'entre les pauvres, créant par là-même une dissociation des groupes de pauvres). ET on lui avait donné un budget pour ça.
    Qui fut divisé par deux.
    Hirsch reste là.
    Et qui serait alimenté par une autre mesure sociale, la PPE (prime pour l'emploi).
    La PPE qui serait elle-même bien amoindrie par cette amputation.
    Hirsch reste là.
    Et donc, les petits smicards (et légèrement plus) paieraient pour les moins que smicards.
    Hirsch est toujours là.

    Résumons la situation.
    La solidarité est sauve (c'est le "S" de RSA), mais il en a (de concert avec le gouvernement), une vision bien étrange. Les classes moyennes inférieures iraient tenter de relever les classes défavorisées, laissant de côté les classes moyenne sup' (bénéficiant des largesses des crédits d'impôt) et les classes favorisées (bénéficiant de la réforme de l'ISF, du bouclier fiscal, de l'ouverture des droits de succession, etc.), qui, elles, n'ont aucun besoin d'être solidaires avec les petites gens.

    Quand les moins pauvres des pauvres paient pour les plus pauvres des pauvres, c'est bien, les pauvres s'entraident. Mais ils restent pauvres. Ils en restent là. Et le décrochage social continue, de part et d'autre. Chez les pauvres d'un côté, enrichis par les classes moyennes délitées et déchirées, et chez les riches, aidés et chouchoutés par un gouvernement qui ne travaille que pour eux.

    Mais, pour revenir au sujet, Hirsch, il a achevé de me décevoir, lui qui était le seul en qui j'avais encore, un peu, confiance, quand il a envoyé paître le Mouvement National des Chômeurs et des Précaires, qui venaient demander de sa part un engagement à lutter activement contre la pauvreté et la précarité.

    Pauvre pauvre monde...
    May 07

    Nota bene retraites

    En 2007, Jean-Marie Harribey a réécrit, rendu plus touffu ce petit article.
    http://www.france.attac.org/spip.php?article7019

    Je m'étais toujours limité à penser dans les termes de 2003.
    Erreur! Puisque ces analyses se fondent sur les prévisions du COR, il faut les réactualiser: et c'est là le drame: ils sont bien plus optimistes depuis deux ans qu'en 2002. Leurs projections indiquent par conséquent, que la hausse de cotisation de 0.375 points n'est pas nécessaire et qu'elle pourrait être bien plus basse...

    Aujourd'hui, nous avons donc bien plus intérêt à défendre les retraites qu'en 2003!!!

    Mobilisez-vous!

    OH, mais il y aurait une alternative au problème des retraites???

    Retraites : l’alternative existe

    par Jean-Marie Harribey et Pierre Khalfa

    Libération, 26 mai 2003

    sous le titre: "Une alternative est possible"

    13 mai 2003. D’un côté, le patronat et le gouvernement soutiennent qu’il n’y a pas d’autre choix que celui de la réforme Raffarin-Fillon. De l’autre, près de deux millions de personnes dans la rue osent braver la sentence en affirmant qu’il existe une véritable alternative.
    Pour dessiner l’autre choix possible, il faut simplement rappeler ce qu’ont reconnu tous les rapports officiels. “ La croissance de la productivité permet de financer des pensions de retraite plus élevées qu’elles ne le sont aujourd’hui, et ce pendant plus longtemps ” disait le rapport Charpin en 1999. “ Si l’on voulait revenir à une durée d’assurance de 37,5 ans dans le secteur privé, les besoins de financement du système de retraite seraient alourdis de 0,3 point de PIB à l’horizon 2040 ” écrivait le Conseil d’orientation des retraites (COR) en 2002.

    Pourquoi le gouvernement fait-il silence sur l’évolution probable de la richesse produite au cours des prochaines décennies ? Parce que, sous la pression du Medef, il entend poursuivre la détérioration de la part de la masse salariale (salaires directs et cotisations sociales) au sein de la valeur ajoutée, la richesse créée dans l’économie (le PIB), détérioration qui a déjà atteint près de 10 points en 20 ans, ce qui représente 33 fois plus que le coût du retour à 37,5 ans de cotisations. Il fait le choix politique d’attribuer tous les futurs gains de productivité aux seuls détenteurs du capital. C’est l’unique raison pour laquelle l’évolution démographique ne pourrait être assurée convenablement par le système de retraites par répartition.

    Derrière ce cynisme l’incohérence des choix gouvernementaux est patente. Allonger la durée de cotisations n’augmentera en rien le taux d’activité de la population tant qu’il n’y aura 2,5 millions de sans emploi. Cela ne fera qu’aggraver le chômage et particulièrement celui des jeunes. Ou bien, dans un cercle vicieux, cela ne pourra que diminuer considérablement le niveau des retraites parce qu’il ne sera pas possible de travailler assez longtemps pour avoir une retraite à taux plein dans une économie détériorée par la pauvreté du plus grand nombre.

    Il n’y a pas de contrat social possible sans une participation équitable de tous les revenus au financement de la protection sociale. Or l’hypothèse inavouée du projet gouvernement est que la part de la masse salariale doit rester figée à son niveau historiquement bas actuel (un peu moins de 60% du PIB) et qu’en aucun cas celle-ci ne pourra bénéficier de l’accroissement futur de la richesse produite. Il est ainsi a priori exclu de débattre de la possibilité d'élargissement de l'assiette des cotisations sociales à l'ensemble de la valeur ajoutée. Il est hors de question d'évoquer même la croissance possible de la masse salariale que ce soit par le biais d’une simple hausse des salaires parallèle à la productivité (ce qui ferait progresser automatiquement les cotisations) ou par le biais d’une hausse du taux de cotisations patronales pour amener les profits à contribuer au financement des retraites.

    Là est le nœud du problème. La rue, qui ne gouverne pas mais fait le progrès social, a obligé le gouvernement à répéter qu’il ne voulait pas “ aggraver les prélèvements sur l’économie ”. Nouvelle incohérence : les primes versées aux fonds de pension tapis dans l’ombre de la réforme Raffarin-Fillon ne seraient-elles pas des prélèvements rendus obligatoires, au moins pour ceux qui en ont les moyens, par la baisse des retraites par répartition ?

    Mais ce n’est pas le plus important. Oui ou non, peut-on augmenter les ressources destinées à financer les retraites ? Le COR a indiqué qu'il faudrait en 2040 consacrer aux retraites 18,5 % du revenu national contre 12,5 % aujourd'hui pour maintenir le niveau actuel des pensions par rapport aux salaires et revenir sur les mesures Balladur de 1993. Est-ce insupportable alors que dans le même temps le PIB aura doublé sur la base d'une hypothèse de croissance modérée de 1,75% par an ?

    L’augmentation des cotisations sociales dessine une alternative qui permette une réforme juste des retraites. Le COR a évalué que, pour ne pas amputer le niveau des retraites ni rallonger la durée de cotisations, le taux de cotisation devrait augmenter de 15 points lissés sur 40 ans, soit 0,375 point par an. Scénario catastrophe pour les entreprises ? Non, car cette augmentation aurait des effets neutres sur la compétitivité des entreprises si elle était compensée par une baisse des dividendes ou des profits improductifs placés sur les marchés financiers qui ont explosé ces dernières années alors que dans le même temps l'investissement stagnait.

    L’alternative est simple. Ou bien la société fait le choix de l’amputation des retraites de 20% en 2008 et de 30% en 2012, de la cavalcade des profits, de la servitude prolongée au travail jusqu’à un âge de plus en plus avancé et, derrière tout cela, le risque du chômage. Ou bien la société fait le choix démocratique de consacrer une part progressivement de plus en plus grande de ses richesses à la prise en charge de la vieillesse par des retraites décentes pour tous.

    [...]


    Jean-Marie Harribey (économiste) et Pierre Khalfa (Union syndicale G10 Solidaires) sont membres de la Fondation
    Copernic et du Conseil scientifique d'Attac.